On vient de lire l’interview de la maire de Nantes accordée à Presse Océan, reprise ensuite par Ouest-France, au sujet de l’avenir de l’ancien magasin C&A. Et honnêtement, on referme l’article aussi peu informés qu’en l’ouvrant. La maire elle-même le dit : il serait « trop tôt » pour en parler. Résultat, aucune annonce concrète, aucun projet dévoilé, juste une vague évocation de restaurants qui viendraient s’installer dans les lieux, présentés comme « complémentaires » à l’offre existante et non concurrents.
Sauf qu’on a un peu de mal à avaler ça tel quel. On a déjà vu, par le passé, des projets présentés comme « complémentaires » qui se sont révélés, une fois ouverts, en concurrence frontale avec des commerces déjà installés dans le quartier. Alors on le dit sans détour : cette promesse de complémentarité est à prendre avec de sérieuses pincettes. Rien ne garantit, aujourd’hui, que ces futurs restaurants ne vont pas simplement venir grignoter la clientèle de restaurateurs déjà présents autour de la place du Commerce.
Un immeuble chargé d’histoire, et zéro consultation
Pourtant, ce bâtiment mériterait mieux qu’une décision prise en petit comité. Il fait partie du paysage du centre-ville depuis des décennies : avant d’être un C&A, ces murs ont accueilli une galerie artistique, et même une patinoire. C’est un lieu dont beaucoup de Nantais gardent un souvenir précis.
Et c’est bien ça qui nous dérange le plus dans cette affaire : aucune consultation citoyenne n’a été organisée, aucune concertation avec les commerçants du secteur qui seront pourtant les premiers concernés par ce que deviendra ce bâtiment. Or, c’est justement parce que la mairie n’a pas forcément une vision fine de ce qui se joue au quotidien sur le terrain, entre commerçants, que ce risque de concurrence déguisée existe. Demander l’avis des habitants et des professionnels du quartier, ce n’est pas un supplément d’âme démocratique, c’est aussi une manière très concrète d’éviter ce genre d’écueil. Un commerçant qui connaît sa rue sait immédiatement si un nouveau restaurant va lui faire de l’ombre ou non. La mairie, depuis son bureau, beaucoup moins.
Et la presse locale, dans tout ça ?
L’autre chose qui nous dérange, c’est la manière dont cette histoire a été traitée. Une interview qui reprend le discours institutionnel tel quel, sans relancer, sans demander pourquoi aucune consultation n’a eu lieu, sans interroger la solidité de cette promesse de « complémentarité ». Un article qui, au fond, n’apporte rien, sinon la communication de la mairie mise en forme.
Ce n’est pas un hasard. On a l’habitude, avec Ouest-France comme avec Presse Océan, de lire des papiers qui arrangent bien la mairie, et beaucoup plus rarement des enquêtes qui posent les questions qui fâchent. En 2026, il existe une vraie connivence entre une partie de la presse locale et les institutions politiques : les journaux qui veulent continuer à obtenir des interviews exclusives ont tout intérêt à ne pas trop égratigner la main qui les nourrit en informations.
On parle souvent des menaces qui pèsent sur le journalisme : l’intelligence artificielle, la concentration des médias entre les mains de quelques grands groupes comme celui de Vincent Bolloré. C’est vrai, et c’est inquiétant. Mais il y a une troisième menace, plus discrète et tout aussi grave : des journalistes qui, à force de vouloir préserver leurs bonnes relations avec les institutions, finissent par ne plus vraiment interroger, contredire, enquêter. À partir de ce moment-là, ce ne sont plus des journalistes, ce sont des porte-voix. Et un article qui se contente de relayer, sans jamais creuser, ce n’est plus de l’information : c’est de la communication institutionnelle déguisée.
Nous, à Sorties à Nantes, on n’a pas vocation à faire de journalisme ou de politique. Mais on a vocation à parler de notre ville avec sincérité, et cette histoire de C&A, aussi anodine soit-elle en apparence, en dit long sur la manière dont les décisions concernant Nantes se prennent aujourd’hui, loin des habitants et des commerçants qu’elles concernent en premier lieu.
Et vous, qu’aimeriez-vous voir à la place de ce C&A ?





